Itinéraire


UN LONG CHEMIN VERS LE JAPON …

D’AUSSI LOIN QUE JE ME SOUVIENNE…

Ma passion pour l’argile a débuté lorsque, petit garçon, j’ai découvert un jour, fasciné, avec quelle virtuosité un potier pouvait transformer en un instant une simple balle d’argile en un pot magnifique ! A mes yeux de môme émerveillé, c’était magique ! Je pense que cet instant a marqué ma vie à jamais.

LA DÉCOUVERTE DU FEU

A peine entré dans la vie active, au hasard de mes vagabondages chez les potiers de ma région, je fis la rencontre de Philippe Morel, potier traditionnel de grès au sel qui me permit d’approcher de près le métier de potier ; il me laissa participer à ses cuissons au bois dans un four à flammes renversées de type Sèvres de 3m3, formidable baptême du Feu !…

VERS UNE RECONVERSION PROFESSIONNELLE

Trop pris par le travail, je ne donnai pas suite à cette passion naissante, mais vingt ans plus tard, le souvenir intense de ces expériences du Feu me décida à franchir le pas de la formation céramique.

Je suivis d’abord un stage de formation professionnelle en tournage chez Sylvie Beaumont, à Ger, un ancien site potier.

Puis, un stage intensif avec Dominique Legros, céramiste à La Borne, me fit découvrir d’autres techniques de travail : la terre bulle, les terres craquelées et polies, le cuivre saturé…

J’installai mon premier atelier dans mon garage de ville : un tour à pied sommaire, un four à raku rudimentaire me permirent de mettre en pratique les acquis de mes stages.

En 2011, je découvris la céramique japonaise en compagnie de Rizu Takahashi, potier et maître du thé japonais. Ce fut une révélation !

Il m’enseigna, entre autres, la technique du Tama Zukuri, technique qui consiste à sculpter la pièce, à la « déformer » pour l’évider ensuite en affinant les parois.

Mais bien au-delà de la technique, Rizü m’a sensibilisé à l’esthétique telle que la conçoivent les japonais, aux antipodes de notre conception du beau.

C’est le Wabi Shabi, notion-clef de la philosophie japonaise, difficilement exprimable dans notre culture occidentale. C’est en quelque sorte « la beauté de l’imperfection ».

De nombreux autres stages chez Rizü m’ont permis d’affiner ma technique et de mieux comprendre sa philosophie de la création céramique ; il m’a enseigné par exemple que « la terre doit être contente » et qu’il faut « conserver la première impression… » Ces deux préceptes ne me quittent plus depuis.

Pour approfondir cette initiation japonaise, j’enchaînai les master-class avec de grands artistes, réputés mondialement tels que Shozo Michikawa et Yoh Tanimoto, fils et disciple de Kosei Tanimoto, trésor national au japon.

MES CHOIX CERAMIQUES

Fort de ces multiples expériences et d’un travail personnel, me voilà maintenant immergé dans cette passion qui jamais ne m’a quitté : la terre et sa transformation par l’eau, l’air et le feu.

J’adore ce contact avec la terre que je travaille comme les orientaux, très plastique ; j’aime sentir sa souplesse sous mes mains lors du tournage, y laisser mes traces de doigts, l’empreinte de l’outil ; j’aime la déformer, juste ce qu’il faut…

Les outils que j’utilise sont simples, en bois et en bambou. Je les fabrique, c’est un réel plaisir. Prochainement, un tour à bâton japonais habitera l’atelier.

Mes émaux, je les veux de composition simple et rustique, inspirés d’anciennes recettes. Ils doivent être séduisants à mes yeux, pas trop sages surtout, il faut qu’ils embellissent mes pièces tout en laissant apparaître la terre, naturelle, nue, par endroit.

Je cuis au gaz à l’atelier et au bois chez une amie, dans son four tunnel japonais à une chambre appelé « Anagama », lors des cuissons « yakishimé », sans émail. Seules les cendres, qui se vitrifient à hautes températures au contact de la terre en fusion forment cet émail naturel, si caractéristique.

Les effets de matière et la richesse des nuances développées par ces cuissons au bois sont de loin les plus belles des offrandes que l’on puisse faire à la Céramique !…

DÉCOUVERTE D’ UN ART DE VIVRE

Après toutes ces étapes, j’ai enfin trouvé ma voie. Cette philosophie qui sous-tend la céramique japonaise correspond à des besoins profonds qui sont en moi : simplicité, humilité, goût de l’authentique et du rustique, relation étroite avec la nature…Plus qu’un ensemble de techniques, c’est un art de vivre et de créer que j’ai découvert et qui me correspond pleinement.

Marco